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où vous retrouverez l’intégrale du document diffusé.
Ces quelques images complètent nos documents de travail sur
ROSE VALLAND.
Les objets français
volés par les Nazis

Pendant l'Occupation, l'armée nazie n'a pas seulement confisqué les
biens des Juifs. Elle s'est également servie dans des collections
d'objets d'art d'une valeur souvent inestimable. Pour la première
fois, une base de données répertorie ces quelques 20
000 objets rares. Ici, des prisonniers emportent des articles ménagers
et du mobilier depuis la cour Carrée du Louvre, à Paris,
en juillet 1943. © Bundesarchiv, B_323_Bild-311-006
Pillage organisé
Entre 1940 et 1944, une unité spéciale appelée
Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR) était chargée
de sélectionner, de collecter et de rapatrier en Allemagne les
objets qui avaient un intérêt pour les Nazis.
Le 17 septembre 1940, le commandement en chef de la Wehrmacht autorise
Alfred Rosenberg, théoricien nazi, a transporter en Allemagne
les œuvres d'art récupérées. L'ordre mentionne
aussi que "le Fuhrer se réserve lui-même la décision
sur leur future attribution". La Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg
est créée peu de temps après.
Le pillage des biens juifs a commencé en juin 1940. Les Nazis
se sont emparés d'œuvres d'art prestigieuses comme des
Cézanne, des Braque, des Chagall qui appartenaient entre autres à Arthur
Levy, Maurice de Rothschild ou encore M. et Mme Dreyfus.
La Galerie nationale du Jeu de Paume à Paris a servi de musée
temporaire pour entreposer les dizaines de tableaux et d'œuvres
volés par les Nazis dès leur arrivée dans la capitale
en juin 1940.
Avant même leur arrivée au pouvoir en Allemagne, les Nazis
avaient conceptualisé l'Entartete Kunst ou "art dégénéré".
Sous l'égide de Joseph Goebbels, ministre du Reich, une liste
d'artistes et d'œuvres d'art jugé transgressif a été établie.
Selon les estimations, 650 000 objets d'art ont été volés
aux Juifs pendant la Seconde guerre mondiale. Des milliers d'autres
n'ont jamais été retrouvés. Ici, les caisses en
bois qui servaient à leur transport, en 1942-1943.
Parmi tous les objets d'art, certains, repérés par les
dirigeants nazis, ont enrichi leurs collections personnelles. Les premiers
convois en février 1941 ont ainsi acheminé des dizaines
d'œuvres dans la ville natale d'Hitler, Linz, pour un futur musée à son
effigie. Ici, en juillet 1943. © Bundesarchiv, B_323_Bild-311-015
et B_323_Bild-311-016
Lits, vêtements, chaussures, jouets... Les objets réquisitionnés
sont très divers tels ces baluchons de linge de maison et de
draps.

A la différence du pillage qui est spontané, la spoliation
est l'appropriation volontaire et réfléchie des biens
d'autrui. Ici, le directeur du centre français de la Einsatzstab
Reichsleiter Rosenberg, le colonel Kurt von Behr, fait visiter les
locaux à un autre officier allemand. © Bundesarchiv, B_323_Bild-311-055
Les objets étaient rangés dans ces caisses en bois, étiquetées
selon leur destination. Celles destinées au Fuhrer comportaient
la lettre "H", celles destinées à Goering la
lettre "G".
L'immeuble Lévitan du 85-87 rue du Faubourg Saint Martin à Paris,
occupé par des Juifs, a été réquisitionné et
occupé, entre juillet 1943 et août 1944, par des détenus
du camp de Drancy chargés de trier, réparer et emballer
les objets volés. Ici, des ouvriers cousent des brassards à partir
de tissus récupérés.
Les directeurs de musées se sont opposés au pillage systématique
des collections d'art notamment le responsable du Musée du Louvre.
La conservatrice du Jeu de Paume, Rose Valland, a joué un rôle
héroïque en tenant une comptabilité secrète
de chaque objet spolié. Après la guerre, elle s'est battue
pour leur restitution.

Une fois étiquetés, les objets destinés à l'Allemagne étaient
envoyés par camion et par train au château de Neuschwanstein,
immense demeure construite par Louis II de Bavière, situé près
de Fussen, au Sud de la Bavière. © Bundesarchiv, B_323_Bild-310-002

Les Nazis,
pour certains grands amateurs d'Art, ont organisé des
expositions d'œuvres spoliées au Jeu de Paume, à Paris.
Des chefs d'œuvres comme des Picasso, des Matisse et des Van Gogh
y étaient secrètement entreposés. © Bundesarchiv,
B_323_Bild-310-038
La brigade du
mobilier .
Cette équipe était composée de prisonniers du
camp de Drancy, de personnels de sociétés de déménagement
réquisitionnés et de Nazis. Elle était chargée
de récupérer les objets et le mobilier des personnes
déportées.
A partir de la fin 1941, les Nazis ont élargi le pillage à tous
les biens juifs c'est la Möbel Aktion. Les logements des déportés
sont vidés et leurs objets récupérés.

Adolphe Schloss, grand collectionneur d'art, avait légué 33
tableaux de maîtres à ses descendants, parmi eux la Pieta
de Petrus Christus, une Vierge d'Isenbrandt, et une Vénus de
Gossaert. Cachée, elle fut découverte et dérobée
par la Gestapo en août 1943. 262 toiles furent entreposées
au Jeu de Paume mais après la guerre, elles furent dispersées à travers
le monde. © Bundesarchiv, B_323_Bild-310-071
L'organisation des Nazis était très bien huilée
: les camions de déménagement stationnaient sur la place
de la Concorde et y déchargeaient directement leur cargaison
pour être stockée, entre autres, au Jeu de Paume.

Avec la récupération
d'objets de la vie quotidienne, la logique implacable des Nazis
s'étend à l'histoire
des personnes arrêtées et déportées. Une
manière de faire disparaître toute trace de leur existence.
Seules les œuvres et objets remarquables étaient envoyés
en Allemagne. Le mobilier et les objets modestes étaient pour
la plupart exposés dans des grands magasins parisiens. Les responsables
nazis pouvaient les choisir pour leur domicile.
Outre le Jeu de Paume, plusieurs autres lieux parisiens ont été utilisés
: le Palais de Tokyo, le Musée du Louvre, un hôtel particulier
de la rue Bassano, la Gare du Nord, les Entrepôts et Magasins
Généraux d'Aubervilliers.
plus
de 20 000 œuvres d'art volées aux Juifs ont été répertoriées
et entreposées au Jeu de Paume à Paris.
A partir de 1942, le pillage des biens juifs est généralisé et
accéléré. Un service du nom de "Dienststelle
Westen" et dirigé par le colonel Kurt Von Behr, repère
les habitations vacantes. Ce nazi est le représentant français
de l'ERR.

Le Colonel Kurt von Behr était le responsable
nazi de la spoliation des biens juifs. L'idée du pillage systématique
revient à Alfred
Rosenberg, théoricien du régime et proche d'Adolf Hitler. © Bundesarchiv,
B_323_Bild-311-056
Un salon ancien,
avec fauteuils, commode, table et coupe, confisqué par
les Nazis a été exposé dans un grand magasin parisien.

Parmi les tableaux dits d'Art dégénéré,
certains ont été vendus. Les autres furent brûlés
dans la cour du Jeu de Paume, le 27 juillet 1942 comme des toiles de
Pablo Picasso et de Salvador Dali. Ici, des salles du château
de Neuschwanstein. © Bundesarchiv, B_323_Bild-310-004 et B_323_Bild-310-003
Malgré leurs précautions d'avant guerre, (cacher leurs œuvres
incroyables dans divers lieux en région), les frères
Rothschild ont vu leur collection traquée puis saisie par les
Nazis. Elle finira en caisse, envoyée pour une grande partie
en Allemagne le 3 février 1941.
Certaines photos témoignent de la folie nazie et de leur incroyable
organisation. Trié puis nettoyé et enfin plié,
le linge de maison, comme ces serviettes et ces draps, est ensuite
entreposé dans ces bahuts.
Selon la mission Mattéoli de 1997 chargée d'étudier
la spoliation des Juifs français, 38 000 appartements ont été vidés
de leur contenu par les Nazis. Ici, des malles et des boites scellées.
Des bagages arrachés aux Juifs juste avant leur déportation
?

Le château de Neuschwanstein a servi de lieu de dépôt
des objets dérobés en France mais aussi en Belgique et
dans les pays de l'Est. Comme par exemple 3978 tableaux et objets du
pavillon de chasse autrichien de Louis V. Rothschild.
La brigade de l'ERR réalisait des catalogues raisonnés
d'objets d'art pour les présenter à Adolf Hitler. Il
pouvait ainsi sélectionner les œuvres pour son futur musée
de Linz. 39 de ces catalogues furent découverts à Neuschwanstein
après la guerre.
De 1943 à août 1944, les magasins généraux
du 43, quai de la Gare, dans le quartier parisien de Tolbiac, ont servi
d'entrepôt de tri et de stock des objets volés. Beaucoup
d'entre eux étaient envoyés dans les villes allemandes
bombardées par les Alliés.

Certains des objets qui transitaient par le Jeu de Paume ont été subtilisé par
des dirigeants nazis. Hermann Goering, commandant de la Luttwaffe,
a ainsi choisi 875 peintures et autres chefs d'œuvres pour son
usage personnel.

Les Nazis avaient mis en place, au Jeu de Paume et dans les autres
lieux de stockage, une administration redoutable. Après expertise
et inventaire de l'objet, celui-ci faisait l'objet d'une fiche. Certaines
de ces fiches ont été retrouvées intactes et
ont permis l'authentification de milliers d'objets.
Pendant l'été 1943, des détenus du camp de Drancy
sont transférés à Paris dans trois camps de travail
nouvellement créés. Ils sont chargés de la récupération
et du tri des quelques 100 000 objets d'art et autres volés.

Historien et marchand d'art, Bruno Lohse est repéré par
Goering qui le charge de repérer les œuvres intéressantes
dans les pays à conquérir. Co-responsable de l'ERR avec
le colonel Kurt von Behr, Lohse, ici au centre de dos, a personnellement
volé 14 tableaux prestigieux (Monet, Renoir, Pissaro notamment)
et les a caché dans le coffre-fort d'une banque suisse. © Bundesarchiv,
B_323_Bild-311-057
Le célèbre musée parisien a servi lui-aussi de
lieu de stockage des objets spoliés. En octobre 1940, son directeur
Jacques Jaujard met à disposition trois salles, sur demande
expresse de l'ERR. Y seront entreposés, entre autres, les objets
de l'Hôtel de Rothschild.
Outre
l'art et les objets de la vie quotidienne, la spoliation des
Nazis concernait également les comptes bancaires, les
propriétés
foncières, les droits des auteurs et des compositeurs. 330
000 personnes ont été touchées par celle-ci
pour la seule année 1940.
De 1940 à 1944, une salle du Jeu de Paume a été baptisée "Salle
des martyrs" puisqu'elle abritait les œuvres volées
exclusivement visibles par Goering. Sur ses murs, des toiles modernes
de Braques, Chagall, Dali, Léger, Picasso ou encore Matisse
qui servaient de monnaie d'échange avec des œuvres dites
classiques plus appréciées des Nazis.
Dès leur arrivée sur le sol français, les Nazis
manifestent leur intérêt pour les collections d'art de
grandes familles juives. Différents services allemands et du
gouvernement de Vichy, comme le Commissariat aux questions juives,
s'affrontent pour les récupérer en premier. Ici, une
modeste exposition de casseroles pillées dans les appartements
visités.
Parti de la gare du Nord le 15 mars 1941, le premier convoi emporte
en Allemagne des centaines de caisses d'objets volés. En plus
de 3 ans d'activité, la ERR a acheminé au total 28
convois. Ici, une salle d'exposition d'un grand magasin parisien
réquisitionné.
A chaque victoire militaire, les Nazis s'emparaient de l'or monétaire
du pays. Un butin utile pour le IIIe Reich en raison d'un conflit toujours
plus coûteux. Lingots, pièces, bijoux, devises... Un commando
spécial appelé Devisenschutzkommandos faisait main basse
sur les coffres-forts des banques et des personnes fortunées.
Ainsi, aux Pays-Bas, les Nazis se sont emparés entre autre de
100 tonnes d'or de la banque nationale.
Outre les biens subtilisés par les officiers nazis, certaines
pièces rares ont été l'objet de trafic et revendues
sur le marché de l'art. Des toiles réapparaissent des
années plus tard comme le portrait du pasteur Adrianus Tegularius,
de Frans Hals, volé par Hitler en personne, et qui appartenait à la
famille Schloss. © Bundesarchiv, B_323_Bild-311-073

Le 2 août 1944, cinq wagons quittent Paris. C'est le dernier
voyage vers l'Allemagne d'objets spoliés aux familles juives
françaises. Mais arrêté par la Résistance
française, il n'a jamais franchi les frontières de l'Hexagone. © Bundesarchiv,
B_323_Bild-311-014
A partir du printemps 1944, les Nazis ont commencé à transférer
les objets du château de Neuschwanstein vers des mines de sel
près de Salzbourg. Lorsque la guerre prend fin, les Alliés
découvrent un trésor incroyable aussi bien dans la demeure
de Bavière que sous terre, avec des caisses remplies de peintures,
de sculptures et d'objets d'art remarquables.
Les caisses intactes retrouvées au château de Neuschwanstein
sont reparties le 2 décembre 1945 en convoi vers la capitale.
Bruno Lohse, qui s'est enfuit du château à pied, fut finalement
arrêté par les Américains. Au total, la spoliation
des nazis est estimée à 100 000 œuvres d'art et
des millions de livres et de manuscrits.
L'ordonnance du 21 avril 1945 déclare "la nullité des
actes de spoliation accomplis par l'ennemi ou sous son contrôle".
La Caisse des Dépôts, qui a dressé la liste des
propriétaires spoliés, a travaillé jusqu'en 1952 à la
restitution des objets et des sommes.
Après la guerre, la Commission de récupération
artistique a restitué quarante-cinq mille œuvres et objets
d'art spoliés. Pour certains, leurs propriétaires n'ont
jamais été identifiés. En 2008, Le Mur rose de
Matisse a été restitué aux héritiers d'Harry
Fuld Jr, propriétaire allemand spolié par les Nazis en
1941. © Bundesarchiv, B_323_Bild-311-025

Certains objets d'art n'ont jamais été réclamés
après guerre. 2000 d'entre eux ont ainsi été confiés à l'Etat
en attente de retrouver leur propriétaire. En 2008, une exposition à Jérusalem
a présenté 53 toiles spoliées pendant la Seconde
guerre mondiale et jamais réclamées. Parmi elles, Les
Baigneuses de Courbet. © Bundesarchiv, B_323_Bild-311-021
Entre leur arrivée à Paris et leur défaite en
1944, les Nazis ont pillé des dizaines de logements de personnes
déportées. Ils ont organisé une spoliation des
biens juifs. Certains étaient des objets et œuvres d'art
rares et d'une valeur inestimable. Si beaucoup d'entre eux ont été retrouvés
intacts dans leur caisse de transport, dans le château de Neuschwanstein,
qui servait d'entrepôt aux nazis, de nombreuses pièces
d'exception ont disparu. Avant leur transport en Allemagne, les objets étaient
triés, étiquetés et emballés par le Einsatzstab
Reichsleiter Rosenberg, une équipe de responsables nazis chargée
de cette spoliation. En octobre 2010, le ERR Project a mis en ligne
une base de données regroupant plus de 20 000 fiches et objets
volés par les Nazis. Ces fiches descriptives ont notamment été rédigées
au Jeu de Paume à Paris. 66 ans après, les familles des
déportés peuvent ainsi espérer remettre la main
sur quelques souvenirs familiaux.
retour
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Marie-Josèphe
Benoit-Touzet ,Vice-Présidente.
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